Entre doutes et certitudes
Dans un entretien accordé au journal Sud-Ouest à l’occasion de la publication de son livre Mémoires politiques d’entre deux siècles – de la Gironde à Bruxelles, Gilles Savary, homme politique girondin ayant exercé plusieurs mandats à différents niveaux électifs, souligne que bien qu’âgé de 71 ans, il n’a pas voulu tarder à écrire ses souvenirs car « on n’est jamais sûr de rien quand on vieillit ! » (Sud-Ouest, 18/01/2026, p. 14-15)
L’avancée en âge parce qu’elle exacerbe le sentiment d’urgence lié au passage inexorable du temps, invite effectivement à accomplir des actions plus fines, plus ciblées, plus percutantes, somme toute plus habiles comme diraient avec justesse les bouddhistes. Il arrive un moment où s’égarer devient un luxe que les années ne permettent plus de nous offrir.
"Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide."
(Baudelaire, l’Horloge, Les Fleurs du mal, 1861)
J’avais dans la tête de lister quelques vertus du doute. Mais en fin de compte est-il efficient d’y consacrer de mon temps lorsque Florent Pagny le chante parfaitement bien dans la voix et le texte (Florent Pagny, La beauté du doute, album Le Présent d’abord, 2017) ?
Mais si douter c’est ne pas être en capacité de savoir avec certitude, trop douter, ou douter de trop, c’est re-douter, le doute s’auto-renforçant par nature. Et un des bénéfices secondaires que l’on tire de transformer ses doutes en certitudes est de s’épargner le coût de l’action. Or il s’agit souvent d’un mauvais calcul car le doute se dégonfle sous l’effet de l’action, même si celle-ci n’est pas la plus heureuse possible, du moins dans ses conséquences immédiates.
Si le doute s’accroîtrait avec le passage du temps, nous pouvons toutefois aussi bien constater que ce temps nous permet de gagner en assurance… dans nos doutes.

