La vie entre falaises, vallées et entrailles

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Le Périgord Noir, terre bruissant de présence humaine immémoriale, pétrie et façonnée par le temps, décor naturel puissant à la fois sauvage et altier.

Un espace resserré de mon pays dans lequel je retourne avec un plaisir inentamé.

Le Périgord Noir et La Boétie, philosophe humaniste né à Sarlat, auteur du Discours sur la servitude volontaire. Il fut le grand ami de Montaigne qui écrivit dans son château près de Bergerac, dans un Périgord d’un autre couleur, une œuvre au rayonnement universel : Les Essais (1580). Montaigne résuma son amitié intense avec La Boétie dans cette phrase célèbre par sa limpidité et sa concision : "Parce que c'était lui ; parce que c'était moi".

Le Périgord Noir et Joséphine Baker en son Château des Milandes, à Castelnaud-La-Chapelle. Danseuse, chanteuse, Résistante, militante anti-raciste, elle a adopté avec son mari 12 enfants de nationalités et de religions différentes, sa « Tribu Arc en Ciel ».

Le Périgord Noir et Dhagpo Kagyu Ling, centre d’études et de méditation bouddhiques, surgi de terre à Saint-Léon-sur-Vézère, en 1975, 400 ans après que Montaigne eut joliment écrit :

« Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. » (Essais, Livre 3 chapitre 13, « De l’expérience »)

Le Périgord Noir et François Augérias.

François Augérias, écrivain et artiste peintre est né à Rochester dans l’Etat de New York, le 15 juillet 1925. Son père, Pierre, pianiste renommé, décède deux mois avant sa naissance. De retour en France, sa mère s’installe avec lui, d’abord à Paris, ville qu’il trouvait sinistre, puis à Périgueux où il mourra le 13 décembre 1971, à l’âge de 46 ans.

Il a notamment écrit Le Vieillard et l’enfant (1954), oeuvre qui enchanta Gide, Un voyage au Mont Athos (1970) et plusieurs recueils de correspondance.

Après avoir mené une vie de nomade dans le Sahara durant laquelle s’expriment ses penchants homosexuels, il devint à la fin des années 1960 ermite dans les grottes de Domme. Il en tire un livre, Domme ou l’Essai d’Occupation. Très affaibli par ses rudes conditions d’existence, il s’installe dans un hospice pour indigents à Montignac. Il décède à l’hôpital de Périgueux. Il est inhumé au cimetière de Domme. Sur son tumulus est posée une plaque de marbre sur laquelle est gravé : « En ce lieu de silence / Je m’élèverai jusqu’aux ultimes valeurs / de mon Ame / et je parlerai avec Elle / Je voyagerai dans l’accompagnement des nuages / jusqu’à cet ailleurs inconnu ».

 En 2021, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, des hommages lui ont été rendus dans plusieurs villes alentours.

Francois Augiéras fut un homme profondément tourmenté, aux écrits sulfureux, traversé par la mystique, un marginal errant obsédé par la quête de l’absolu.

Dans le livre qu’il lui a consacré, Philippe Lacadée, psychiatre et psychanalyste bordelais, analyse ce qu’Augiéras voulait témoigner de son expérience du réel, de son extrême solitude et de la cruauté de l’existence (Philippe Lacadée, François Augiéras ; l’homme solitaire et la voie du réel, éd. Michèle, coll. Je Est Un Autre, 2016). Lors d’une intervention à l’Ecole de la Cause Freudienne en mars 2014 portant sur le réel dans les structures cliniques, Philippe Lacadée a fait deux remarques essentielles à mon sens :

  • Augiéras est né à Rochester d’un père prénommé Pierre et a fini sa vie dans une grotte
  • l’équivoque homophonique Domme / d’homme

La grotte, chez Augiéras, n’est pas un simple refuge. Elle est un antre dissimulant le monde extérieur, laissant l’individu aux prises avec ce qui, en lui, demeure irreprésentable. Dans cette obscurité minérale, Augérias semble jouer un retour vers l’origine, un mouvement de régression assumée, non pas pour fuir mais pour sonder les couches les plus archaïques de son être.

La grotte fonctionne comme un utérus inversé, un lieu où on ne re-naît pas mais où l’on consent à se dissoudre, une matrice de silence dans laquelle les frontières du moi s’estompent. Ce retrait n’est pas une fuite mais une tentative de se confronter à ce qui, dans son désir, se dérobe à toute tentative de maîtrise. Sur la roche immobile et froide se diffracte un dialogue intérieur irrecevable pour la société. S’y retirer, c’est accepter la perte des repères, la suspension du temps, l’effacement des identités successives. La grotte devient alors un théâtre de dépouillement sur la scène duquel Augérias se défait de sa Persona, de ses blessures, de ses illusions. Dans cette obscurité, il touche à une forme de vérité brute : celle d’un homme qui, pour ne pas sombrer, choisit de descendre volontairement dans ses profondeurs.

* Photo : La Roque-Gageac (mai 2026)


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